Introduction
Les Lettres Persanes sont l' oeuvre qui rends
Montesquieu célèbre. Elles racontent l'histoire de deux persans, Usbek et
Rica, obligés de quitter leur pays pour des raisons politiques. Ils
décident de découvrir l'Europe. Ils font partager leurs découvertes à
leurs amis restés au pays. Ce roman est à la mode car il est épistolaire.
Il ressemble à un conte par son exotisme, son ironie et les aventures des
deux héros. Montesquieu pose des questions philosophiques sur le bonheur,
la liberté et la vertu. C'est un roman
prétexte durant lequel Montesquieu critique le Roi, les Institutions et
la Religion. Les lettres sont datées avec le calendrier musulman. C'est
une satire : tonalité ironique et hyperbolique.
Lecture
1er paragraphe : L 1 à 14 : Le prestige de la célébrité
jusqu'à "assez vu"
2nd paragraphe : L 15 à 27 : Les inconvénients de
l'incognito jusqu'à "ouvrir la bouche"
Fin : L 27 à 30 : Mais
cela ne change rien à la xénophobie des français de
"Mais" à "Persan"
Conclusion
Texte
Observation de la curiosité des français =>
extravagants...
"envoyé du ciel" : hyperbole extraterrestre
"tous voulaient me voir" : gradation descendante
"vieux" => "jeunes"
L'image du cercle traduit l'impression d'être prisonnier. Le
Persan est comme une star épiée par ses fans.
"arc-en-ciel" + "mille couleurs" : il a
le vertige, ne distingue plus les couleurs
"cent lorgnettes dressées" : jumelles de théâtre
braquées sur lui, il est agressé, menacé
Il s'amuse de cette curiosité et écoute des gens qui n'ont
jamais quitté leur pays. Il les comprends car les Persans (Iran) parlent
français.
Il écoute mais on ne lui parle pas, comme au zoo on ne parle
pas à la bête curieuse.
stéréotype de l'étranger : il est habillé en Persan, donc
il est Persan...
"admirable" : étonnante
"partout", "toutes", "tant" :
répétitions : il se voit partout
"multiplier" : cette profusion de portrait de
Persans entraîne un malaise
Ce texte philosophique illustre la démarche de Montesquieu
qui prends la place de son personnage (Rica) et fait l'expérience de
changer d'habit.
"à charge" : le poids de la gloire est lourd à
porter.
Restriction "ne... si... si" : il ironise sur lui,
et ne se juge pas digne de "tant d'honneurs"
Opposition "grande ville" et "point
connu"
Démarche scientifique : problème => décision "cela
me fit résoudre" => expérience => résultat
"ce que je valais réellement" : à leurs
yeux sous entendu rien "néant"
asyndète : manque rapport de cause à effet dans la phrase
"plaindre de mon tailleur" : ironie qui rabaisse la
cause. Les gens n'ont pas le sens des valeurs, pour un simple vêtement il
perds l'attention et l'estime
hyperbole "néant", renforcé par
"affreux" : il a maintenant l'air transparent
retour à l'imparfait de répétition, les scènes de la
première partie se répètent mais différemment
"ouvrir la bouche" : périphrase indique qu'il n'y
a pas dialogue, aucune communication
"Mais"
"par hasard" : cela ne se produit pas souvent
"bourdonnement" : désagréable et péjoratif, les
français sont assimilés à des insectes
"Ah ! ah!" : quelle idée d'être Persan, avec une
majuscule traduit la nationalité
Les Parisiens reprochent cette nationalité : "Comment
peut on être Persan ?" : intolérance, haine de l'étranger
Ville montrée à travers ses habitants. Le texte tourne
autour de la mentalité Parisienne, et de la haute société - des scènes
se déroulent aux Tuileries - et des salons. La fin du texte est plus
philosophique, moins pittoresque.
Cette lettre ressemble à une fable, dénonce les mentalités
:
- les formes d'intolérances, depuis le chauvinisme à la
xénophobie ou au racisme, ce qui n'est pas forcément propre aux
français
- la superficialité : les gens jugent sur l'allure, les
vêtements, le physique
- l'hypocrisie sociale, le sens des valeurs, la versatilité.
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LETTRE XXX
Rica au même.
A Smyrne.
Les habitants de Paris sont d'une curiosité qui va jusqu'à
l'extravagance. Lorsque j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais été
envoyé du ciel: vieillards, hommes, femmes, enfants, tous voulaient me
voir. Si je sortais, tout le monde se mettait aux fenètres; si j'étais
aux Tuileries, je voyais aussitôt un cercle se former autour de moi; les
femmes même faisaient un arc-en-ciel nuancé de mille couleurs, qui
m'entourait: si j'étais aux spectacles, je trouvais d'abord cent
lorgnettes dressées contre ma figure: enfin, jamais homme n'a été tant
vu que moi. Je souriais quelques fois d'entendre des gens qui n'étaient
presque jamais sortis de leur chambre, qui disaient entre eux: " Il
faut avouer qu'il a bien l'air Persan " Chose admirable! je trouvais
de mes portraits partout; je me voyais multiplié dans toutes les
boutiques, sur toutes les cheminées, tant on craignait de ne m'avoir
assez vu.
Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à charge: je ne me croyais pas
un homme si curieux et si rare; et, quoique j'aie très bonne opinion de
moi, je ne me serais jamais imaginé que je dusse troubler le repos d'une
grande ville, oû je n'étais point connu. Cela me fit résoudre à
quitter l'habit persan, et à en endosser un à l'européenne, pour voir
s'il restait encore, dans ma physionomie, quelque chose d'admirable. Cet
essai me fit connaître ce que je valais réellement. Libre de tous
ornements étrangers, je me vis apprécié au plus juste. J'eus sujet de
me plaindre de mon tailleur, qui m'avait fait perdre, en un instant,
l'attention et l'estime publique; car j'entrai tout à coup dans un néant
affreux. Je demeurais quelques fois une heure dans une compagnie, sans
qu'on m'eût regardé, et qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la bouche.
Mais, si quelqu'un, par hasard, apprenait à la compagnie que j'étais
Persan, j'entendais aussitôt autour de moi un bourdonnement: "Ah!
ah! monsieur est Persan? C'est une chose bien extraordinaire! Comment
peut-on être Persan?".
Montesquieu, Lettres Persanes
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